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Les frictions franco allemandes



Le couple franco allemand, « moteur de l’union européenne », selon l’expression en vigueur lorsque l’Union ne comptait encore que quinze Etats membres, a vieilli. Les signes de mésentente sont discrets mais réels. La présidence française sera une épreuve pour ce couple de cinquante ans.




Les deux pays ont des intérêts communs. Ils financent à eux seuls 36 % du budget communautaire et leur contribution nette annuelle, c’est à dire leur participation au budget après déduction des retours dont ils bénéficient, représente plus de 10 milliards d’euros par an. Ils ont donc une grande vigilance, voire une certaine connivence sur ces questions. Alliés lors de la grande négociation du cadre financier 2007-2013 pour limiter le budget communautaire à 1 % du PNB européen, ils n’accepteront pas que le cadre ainsi défini soit renégocié à mi parcours comme certains Etats le suggèrent.  

Dans les années récentes, chaque pays a également fait des concessions majeures l’un pour l’autre. La contribution respective des deux pays au budget a été rééquilibrée, la France a relayé l’Allemagne dans le financement de la correction britannique. Mais l’Allemagne a toujours soutenu la France dans les moments difficiles. C’est à la suite d’un accord franco allemand que le conseil européen d’octobre 2002 s’est engagé sur une enveloppe agricole jusqu’en 2013 qui avait sauvé la Politique agricole commune (PAC) de son démantèlement. 

Le projet d’Union pour la Méditerranée a été un premier point de différend. L’Allemagne a été irritée par l’argument, parfois relayé par les Français, selon lequel l’Europe, sous l’influence allemande,  privilégierait l’Est, car elle y trouverait aussi un intérêt économique. Il est vrai que les fonds structurels attribués aux nouveaux Etats membres engendrent, pour l’Allemagne, un surplus d’exportations de 12 milliards par an soit 36 % des exportations additionnelles des Quinze. Mais pour l’Allemagne, la comparaison Est/Sud est inopérante : il faut comparer soit les aides de l’UE aux nouveaux Etats membres, soit les aides aux voisins, qu’ils soient de Méditerranée ou de l’Est (Russie, Ukraine...), mais pas les deux ensemble. Dans les deux cas, la comparaison ne montre ni privilège à l’Est ni abandon du Sud. Les 150 milliards d’aides régionales prévus pour les douze entrants entre 2007 et 2013 doivent être comparés aux 115 milliards (en euros actualisés) attribués à l’Espagne, au Portugal et à la Grèce entre 2000 et 2006, soit respectivement 208 et 250 euros par habitant et par an. Par ailleurs, deux tiers des crédits de voisinage sont programmés vers le sud. L’Allemagne n’apprécie ni qu’on mette en doute sa solidarité avec les pays de la Méditerranée ni qu’on tente d’agir sans elle. Elle refuse que les crédits communautaires soient préemptés par une sorte de club régional de quelques Etats membres. 

La France a aussi quelques raisons de craindre une offensive généralisée contre la PAC lors du bilan de santé de l’automne et une certaine distanciation de l’Allemagne. Certes, les deux pays ne veulent pas de réforme avant 2013, mais après ? L’Allemagne est favorable au cofinacement, européen et national, de la PAC, ce qui signifie un quasi abandon de la seule politique européenne intégrée. L’Allemagne, héritière des grandes exploitations de l’ancienne Allemagne de l’Est, est hostile au plafonnement et à la dégressivité des aides. La sensibilité sur l’augmentation des prix agricoles n’est pas la même car la question du pouvoir d’achat n’a pas été politisée comme en France. L’Allemagne, favorable à la mondialisation, sera hostile à tout mécanisme de veille des prix, en attendant que la hausse probable des prix du porc ne la fasse, peut être, changer d’avis. La France sait que toute réforme de la PAC ne peut avoir une chance d’être acceptée que si elle répond aux intérêts allemands. C’est, pour la France, la première contrainte de l’exercice.

Source: - 07/04/2008
Auteur: Nicolas-Jean BREHON




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